Lettre reçue le 11 août 2010

Rapport commune de Dompnac


Visite investigatrice de Mme Peroskovia, samedi 7 août 2010.



Dompnac, petit village perdu dans les montagnes ardéchoises, entouré de deux banlieues: Merle à l’Ouest et Pourcharesse à l’Est.


Dompnac, avec ses maisons restaurées et proprettes; avec ses ruelles rustiques à l’ombre des châtaigniers inspirant calme et repos. Quelques flâneurs sur la petite place coquette, un chien qui se balade en quémandant une caresse; 3 touristes satisfaits de la paix environnante. Quelques caravanes en camping sauvage salissent le paysage. Les SDF doivent bien prendre leurs vacances aussi.


Conclusions: Positives, rien d’anormal. Au contraire, un endroit à noter dans tout agenda de vacances. Une buvette serait bienvenue pour y assouvir ma soif ainsi qu’un banc ombragé pour reposer mes jambes. Un jeu de boules serait à considérer.


Pourcharesse: hameau caractéristique de la région. Quelques habitations rénovées, quelques ruines pittoresques, une bergerie avec moutons et chiens, une scierie à l’abandon exigeant une démolition urgente, un «village miniature» (petit musée représentant, justement, les constructions du voisinage.)


Conclusions: manque de stationnement, manque de toilettes publiques, rue défoncée à peine carrossable. Par contre excellent restaurant au village miniature. Clientèle nombreuse, repas exotiques de bon goût. J’y reviendrai.


Merle: Poubelles béantes, cassées, débordantes, et pestiférantes; voitures abandonnées, véhicules de chantier rouillants: impression «casse-démolition» assurée; ronces et broussailles envahissant la route, maisons abandonnées et croulantes, baraques de briques  « style tiers-monde »; tas de gravats débordant de partout, piles de planches chancelantes pourrissant sur les bords de la voies.

Caracas miniature en France

C’est en évitant les nids de poules de la chaussée, et en écartant les ronces de mon visage que je me suis retrouvée en face d’un hurluberlu, énorme et vacillant. Haleine plus que douteuse, boitillant, et déclarant: «Je suis l’honorable maire de cette commune, veuillez me respecter et m’honorer». D’une main baladeuse, il a tenté de me saisir une épaule? Un sein? Ou un bras pour se stabiliser? Je n’en saurai rien car il a manqué son but et s’est étaler sur le sol, tel un chiffon mouillé par inadvertance laché.


On m’avait prévenue que Merle était le bidonville de Dompnac, mais je fus surprise par cette déchéance abyssale. Avec le pauvret gisant à mes pieds, je ne sus plus que faire. Heureusement un passant bienveillant le reconnu. Le prenant par les aisselles, il le reconduisit, avec grande pitié, et grand peine – vu son poids – le long d’un sentier caillouteux en contre-bas de ma route. Soulagée, je retournai à ma voiture. Heureuse de la retrouver intacte. Je n’aurais pas été surprise qu’elle eut disparue, ou fut brûlée, vu l’endroit où je me trouvais. Dans la sécurité plutôt précaire de mon habitacle, j’espérai que le secouriste revienne. Je voulais lui poser quelques questions.


Les comptes rendus que je lis depuis des années dans la Chronique de Dompnac associés à la misère des lieux devenaient une réalité sans ambiguité. Je voulais m’assurer que le malheureux indigent était bien la personne que la SPI me demandait de vérifier. Lorsque l’homme bienveillant revint, je lui demandai si l’individu que nous avions vu était le personnage mythologique de la Chronique, celui qui se dit être le maire de Dompnac, ainsi que son Führer.


– Oui, en effet, me répondit le monsieur, il raconte aussi qu’il est ingénieur en fluides, et vous avez remarquer de quels fluides il s’agit!

C’est un pauvre erre mythomane qui bredouille à longueur de journée. A nous de rester sobres et réalistes. Daniel ne peut plus, nous ne lui en voulons pas!

Mais sachez Madame, que ivre il est inoffensif. Beaucoup plus virulent lorsqu’il buvait moins, mais voilà 2 ou 3 ans que la gnole a gagné le dessus.

De nos jours il n’est plus réellement dangereux. Bon, tant qu’il conduira sa guimbarde, il restera dangereux sur nos routes. Ses phantasmes, ses hallucinations nous donnent à rire.

Au fond nous apprécions ses histoires interminables. Elles sont notre principale source de gags pour alimenter les conversations. C’est notre idiot à nous. Chaque village a droit au sien, non?

    (merci à monsieur pour son apport franc et direct)

Conclusions:

Je fus satisfaite d’apprendre que le pauvre Daniel n’est pas maltraité, au contraire: ses voisins, ses concitoyens le prennent en charge et font en sorte qu’il ait un toit sur sa tête pour dormir:

on lui autorise ainsi accès à la mairie.

Il y a aussi une ancienne mairie où on lui permet de squatter temporairement.

Les Dompnaciens sont bienveillants envers ce pauvre demeuré. On tolère avec gentillesse ses élucubrations. On se moque relativement peu de lui. On ne l’offense pas ouvertement. La finesse des habitants lui permet de garder une certaine dignité au village. Pas envieuse, la dignité, mais il est évident que Daniel ne pourrait pas vivre ailleurs, ni survivre dans un endroit plus (disons) sophistiqué.

Nous concluons donc, qu’il devrait rester à Dompnac, où on lui permet de vivre ses phantasmes; ici ses prétentions farfelues sont considérées avec un sourire entendeur.

En réalité le comportement de Daniel Bertola-Thevenon n’affecte qu’un très petit nombre (quelques dizaines) de citoyens extrêmement tolérants avec lui. Ils sauront redresser la barre lorsque l’oiseau les quittera sans laisser aucune trace.


1. Par contre, il est évident que Daniel Bertola-Thevenon n’est plus apte à la conduite de véhicule. Son état de détérioration éthylique et mentale imposent un interdit. Ceci avant qu’un accident ensanglante les routes sinueuses de la vallée. Ces informations-ci seront présentées à la gendarmerie locale.


2. Une mise sous tutelle est à prévoir pour empêcher que Daniel Bertola-Thevenon ne dilapide ses quelques petits biens en honoraires d’avocats, frais de tribunaux, dépens et autres amendes.

Sans cette tutelle l’homme finira aux frais de la République pour terminer ces jours en asile. L’individu est, en effet, contrôlé par des obsessions paranoïaques qui le conduisent assidûment au devant des tribunaux, d’où on le renvoie implacablement, perdant et débiteur. Les autorités compétentes seront avisées.


3. L’état mental de Daniel, ainsi que le bien-être des autres, seraient certainement améliorés si les autorités de Dompnac prenait la responsabilité d’assainir et de rendre salubre le bidonville de Merle. Horreur !



Anatolie Peroskovia
Présidente
Société de la protection des imbéciles.

Je remercie tous ceux et celles qui ont bien voulu répondre à mes questions.

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2 réponses à Lettre reçue le 11 août 2010

  1. Travail a Domicile dit :

    On en veux plus !!! quoi qu il en soit vous etes maintenant dans mes favoris et vous dit a bientot.

  2. victime dit :

    Madame,
    Je suis victime de l’imbécile sus-mentionné, où est ma défense?

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